Bitcoin Attack – Episode 1 : OVNI sur la planète patrimoine

Rédigé par Michael Sfez, le 27 juin 2021

Il s’agit de la première fois que nous adressons ce sujet. Nous avons été très méfiants dans les premières années du bitcoin. Il faut l’avouer, sa technologie qui reste jeune est difficile à appréhender pour des personnes qui ne sont pas expertes en la matière.
Face à l’arrivée de cet OVNI sur la planète finance, la population est divisée entre les admiratifs et les méfiants voire belliqueux.

Dans le cadre de notre mission de conseil, nous ne pouvions balayer d’un revers de main un tel phénomène sans chercher à comprendre ses différentes facettes : techniques, financières, structurelles, sécuritaires et règlementaires de ce potentiel nouvel actif.

Dans cet article, nous avons cherché à résumer son fonctionnement pour pouvoir expliciter sa nature et évaluer sa création de valeur éventuelle dans un second article.

Rappel sur la raison d’être du bitcoin

Le bitcoin est défini par son inventeur comme « un système de monnaie électronique purement pair-à-pair c’est-à-dire sans intermédiaire entre les participants ». Sans rentrer dans la technique, le transfert de bitcoin entre deux individus se base sur la cryptographie.

C’est au lendemain de la plus grande crise financière que le bitcoin est né. En effet, face à la menace de la confiscation des économies du peuple (ex : en Chypre), l’idée d’une monnaie universelle décentralisée est apparue avec la publication du livre blanc de Satoshi Nakamoto (dont la réelle identité reste inconnue à ce jour). Les objectifs recherchés du Bitcoin étaient :

  • D’éviter les frais indésirables dans les transferts d’argents dès qu’on dépasse les frontières locales.
  • De s’affranchir des prélèvements forcés sur les comptes épargne et de l’inflation disproportionnée sous-estimée par les indicateurs officiels.

Son fonctionnement

Nous allons essayer d’expliciter ici en termes simples le fonctionnement de création du bitcoin.

Le réseau

Le Bitcoin (le Bitcoin avec un « B » majuscule se réfère au réseau et non pas à la devise qui est écrit avec un « b » minuscule) est un système de paiement électronique de pair à pair qui transfert de la valeur entre des portefeuilles « wallets » digitaux. Ces wallets ne stockent pas d’argent, mais interagissent avec la blockchain en générant l’information nécessaire pour recevoir et envoyer de l’argent via des transactions blockchain.

Les wallets sont une combinaison d’une clé publique et d’une clé privée, et sur la base de ces clés, une adresse publique (un identifiant alphanumérique) est générée. Comme une adresse email, l’adresse publique spécifie la destination vers laquelle les coins peuvent être envoyés au blockchain et elle est partagée entre les utilisateurs. La clé privée est utilisée pour accéder aux fonds, et comme un mot de passe, ne doit être en aucun cas partagée.

Bien que l’idée soit de disposer d’un circuit décentralisé, la voie la plus populaire pour obtenir du bitcoin est tout de même les plateformes d’échanges. Aujourd’hui, la plupart des plateformes d’échanges ne sont pas décentralisées et les utilisateurs doivent fournir des documents d’identification personnels pour répondre aux règlementations de lutte anti-blanchiment.

Les transactions en bitcoin

Le bitcoin peut être échangé entre wallets en échange d’autres devises ou de biens/services. Il existe trois variables dans une transaction en bitcoin : le montant, l’input – l’adresse de départ d’où le bitcoin est envoyé – et l’output – l’adresse de destination qui reçoit les fonds. Pour procéder à la transaction, les utilisateurs doivent entrer leur clé privé, le montant de bitcoins qu’ils veulent envoyer et l’adresse output. Une signature digitale est alors générée à partir de la clé privée et la transaction est annoncée au réseau.

La transaction est contenue dans un bloc, qui est attaché au bloc précédent et s’ajoute au registre public, la blockchain. La blockchain enregistre qu’il y a eu transaction, son adresse de départ et son adresse de destination. L’input doit nécessairement correspondre avec l’output d’une transaction passée.

La transaction ne se matérialise pas immédiatement. Elle rentre dans un pool de transactions en suspens et doit passer par le processus de vérification.

La vérification des transactions en bitcoin

Afin que les transactions soient enregistrées sur la blockchain, elles doivent être vérifiées par des miners (« mineurs »).

Tout d’abord, le mineur va identifier si la transaction est valide en vérifiant notamment que le montant de bitcoin détenu par le payeur est suffisant pour la transaction. Une fois que la transaction est validée, elle est entrée dans un bloc avec les autres transactions vérifiées.

Les mineurs sont en concurrence pour être le premier à ajouter leur bloc à la blockchain en résolvant un puzzle mathématique complexe et enregistrer la réponse dans le bloc.

Plus la puissance de ses machines est forte, plus le mineur est en mesure de deviner le code rapidement. Lorsqu’il est le premier à le deviner, il reçoit en récompense des nouveaux bitcoins.

Toutes les transactions sont horodatées par ce processus appelé hashing.

La création des nouveaux bitcoins

En sus de recevoir des récompenses en bitcoin pour la vérification des transactions et le maintien de la blockchain, les mineurs reçoivent également des frais de transaction. Ces frais sont réglés par les utilisateurs pour assurer que les transactions se fassent rapidement compte tenu du processus lourd qui limite le nombre de transactions par seconde (4,6 par seconde).

L’augmentation du volume du blockchain a entraîné une augmentation des frais de transaction payés aux mineurs.

Enfin, un nombre fixe final limité de 21 millions bitcoin en circulation a été fixé dès le départ lui conférant une dimension de rareté. Ce nombre de 21 millions devrait être atteint en 2140 compte tenu du nombre actuel de 18,7 millions environ et du processus de réduction de moitié des récompenses du mining. En effet, tous les 210 000 blocks minés, la récompense est réduite de moitié. Ce processus a été instauré pour contrôler l’offre de la crypto. Ce processus de réduction de moitié (« halving » en anglais) arrive tous les quatre ans environ. Actuellement, la récompense est de 6,25 BTC. Il était auparavant de 12,5 BTC et lors du prochain halving qui devrait arriver en 2024, elle sera réduite à 3,125 BTC. Ainsi acquérir un nouveau bitcoin devient de plus en plus difficile.

Une fois que ces 21 millions seront atteints, les coûts de transaction pourraient augmenter de manière significative pour inciter les mineurs de continuer à entretenir la blockchain, puisqu’il n’y aura plus de récompense pour miner de nouveaux blocs.

Au cours des dernières années, les cryptodevises se sont multipliées et la part du bitcoin sur le marché des cryptodevises a diminué passant de 87% de la capitalisation du marché à 40% aujourd’hui.

Nous détaillons ci-dessous cinq d’entre elles.

Bitcoin (BTC) $700 milliards

  • Fonction : Monnaie. Même si à l’origine, le bitcoin a été conçue comme devise, nous ne pensons pas que ses attributs lui permettent de la définir telle quelle. Nous revenons dans l’épisode 2 sur sa nature en tant qu’actif financier.
  • Etablie en 2009
  • Contexte, objectifs : La première cryptodevise, établie pour permettre aux transactions pair à pair sans l’intervention d’un intermediaire de confiance. Les transactions sont vérifiées par un réseau de nœuds et enregistrées sur la blockchain.
  • Offre actuelle/maximale : 18.7 millions / 21 millions
  • Consensus / mécanisme : Proof of work (une partie prouve à l’autre qu’une certaine quantité de calcul informatique a été réalisée)

Ethereum (ETH) $285 milliards

  • Fonction : plateforme d’application de contrats smart
  • Etablie en 2015
  • Contexte, objectifs : La blockchain la plus utilisée, établie pour permettre la création et l’utilisation de contrats smart (conditions du contrat écrites en lignes de codes) et d’applications décentralisées. L’Ether est la crypto devise de l’Ethereum.
  • Offre actuelle / maximale : 115,9 millions / illimité
  • Consensus / mécanisme : Actuellement proof of work mais est en train d’aller vers le proof of stake[1]
    [1] Le PoS n’implique pas la résolution d’un puzzle mathématique pour valider les transactions. Au lieu de cela, les participants doivent miser un montant de cryptodevises si ils veulent valider. Un noeu aléatoire est alors sélectionné comme validateur sur la base du montant de crypto qui est mis en jeu, entre autres.

Binance Coin (BNB) $52 milliards

  • Fonction : monnaie / application / utilitaire
  • Etablie en 2017
  • Contexte, objectifs : Emise par la plateforme d’échange de cryptodevises Binance, le Binance Coin est utilisé pour payer les frais de transactions. Tandis que ses opérations étaient sur la blockchain Ethereum au départ, BNB a désormais son propre mainnet[2] lancé en 2019.
[2] Un testnet est utilisé par les développeurs pour tester le réseau blockchain. Après un testnet réussi, une version mainnet du blockchain est lancé et toutes les transactions sont diffusées, vérifiées et enregistrées. Cette phase s’accompagne du déploiement d’un nouveau token qui remplace le précédent token basé sur l’Ethereum.
  • Offre actuelle / maximale : 153,4 millions / 170,5 millions
  • Consensus, mécanisme : Proof of stake (affecte de manière aléatoire le noeud qui minera/validera)

Dogecoin (DOGE) $43 milliards

  • Fonction : monnaie
  • Etablie en 2013
  • Contexte, objectifs : Issu de l’engouement pour le Shiba Inu sur les réseaux sociaux (meme) et créé comme une alternative fun au bitcoin, le dogecoin est une cryptodevise en open source pair à pair.
  • Offre actuel / maximale : 130 milliards / illimité
  • Consensus / mécanisme : Proof of work

XRP $38 milliards

  • Fonction : monnaie
  • Etablie en 2012
  • Contexte : objectifs : XRP est un système de règlement livraison en temps réel, et un réseau qui facilite les paiements transfrontaliers pour les institutions financières.
  • Offre actuelle / maximale : 46 milliards / 100 milliards
  • Consensus / mécanisme : Un réseau de serveurs valide les transactions via un algorithme de consensus sur mesure.

La question du pouvoir : décentralisation – une utopie ?

Une monnaie électronique pair-à-pair fonctionne alors sans banques et sans gouvernements, et doit permettre aux particuliers d’opérer un transfert de valeur comme un échange classique de biens.

Un réseau décentralisé pour stocker et échanger possède une immense valeur pour beaucoup et est une menace pour certains. C’est bien le pouvoir de contrôler l’argent qui se joue ici entre les institutions du monde et la crypto-devise.

Cette décentralisation est-elle réelle ou se pourrait-il qu’un pouvoir dominant puisse apparaître ? A la lecture de certains articles spécialisés, il semblerait que le chiffre de 51% de la puissance de calcul totale, seuil à partir duquel une entité pourrait modifier la blockchain est un mythe. A partir de 30% de puissance de calcul détenue, il semblerait qu’une entité pourrait créer en effet de faux blocs avec une probabilité de réussite de 50%. Ce qui remettrait en cause la sécurité du système.

« C’est bien le pouvoir de contrôler l’argent qui se joue ici entre les banques centrales et la cryptodevise »

Par ailleurs, l’usage massif des bourses d’échange (Binance, Huobi, Coinbase Exchange,…) qui ne sont pas décentralisées éloignent le bitcoin de son idée originale.

Et l’environnement ?

Le bitcoin est énergivore et beaucoup de comparaisons en termes de consommation ont été faites ; le bitcoin consommerait plus d’énergie qu’un pays comme l’Argentine . Sous couvert d’une consommation très élevée d’énergie, se pose la question des émissions de carbone engendrées par cette production d’énergie nécessaire pour le fonctionnement du bitcoin avec toutes les répercussions négatives sur le climat.

Pour les sociétés de mining (les producteurs de bitcoin), l’énergie représente le coût majeur. Comme toute entreprise cherchant à minimiser ses coûts, il est attendu que ces sociétés recherchent la source d’énergie la moins chère pour produire du bitcoin. Au final, la société de mining sera uniquement gagnante si le bitcoin produit rapporte plus que le coût de l’électricité utilisée. Ainsi la localisation de ces fermes de mining est devenue stratégique et beaucoup d’entre elles se situent près de gisements d’énergie bon marché. Cela milite pour la proximité aux énergies renouvelables telles que le vent ou l’hydroélectrique. En effet celles-ci se retrouvent souvent en surcapacité en raison d’infrastructures de distribution limitées. Alors pour éviter la perte de ce surplus, ces usines vendent à bon marché l’excès d’électricité produite non distribuée. Ainsi Sichuan est l’une des régions Chinoises qui regorgent de fermes minières. A ce stade, il est très difficile pour nous d’évaluer la proportion entre énergie fossile et renouvelable dans la production du bitcoin. Car les études favorables viennent souvent d’acteurs du marché des cryptodevises dont l’objectivité peut être remise en question.

Mais il est clair que toute activité commerciale et financière est polluante. Même les Tesla de monsieur Musk ont un impact puisqu’aujourd’hui, ses voitures ne sont pas uniquement commercialisées dans les pays où l’électricité ne provient que de l’énergie renouvelable. Le problème de l’énergie est un problème global qui dépasse très le bitcoin selon nous.

Il est indéniable que le réseau du bitcoin (qui s’appuie sur un protocole proof to work[1]) devra s’améliorer. Des initiatives sont prises pour décarboniser l’industrie des cryptodevises comme dans beaucoup d’autres domaines.

Il existe désormais des fonds sur bitcoin neutres en carbone : ces fonds calculent le coût carbone du mining de crypto et achète des crédits carbone pour compenser leur impact environnemental.

A travers cet exposé nous avons tenté d’expliciter ce qu’était le bitcoin, son usage. Il s’agit pour nous désormais de l’analyser en tant qu’actif financier. Dans l’épisode 2, nous évaluerons sa nature financière et l’intérêt ou non d’un tel actif dans le patrimoine d’un client et sous quelles conditions.

[1] Le Proof to Work est le protocole utilisé par les réseaux de crypto comme le Bitcoin. Il nécessite aux nœuds (ordinateurs sur lesquels le logiciel du blockchain fonctionne et qui transmet l’information au réseau) participant de prouver qu’un effort de calcul a été réalisé. Ce protocole est consommateur de ressources informatiques importantes.
Sources ayant servi à l’élaboration de cet article :
Goldman Sachs Top of Mind – Crypto a new asset class – May 21, 2021
The Role of Cryptocurrencies in Investor Portfolios – MIT Sloan School of Management – March 2021
Man – Views from the floor – January 2021
Wisdom Tree Insight –
One small step for managers, one giant leap for bitcoin – on the edge of a paradigm shift – Jianing Wu Mar 2021
How much bitcoin would that be sir ? – Jianing Wu June 2021